Amazing things can happen when you publish a book. You meet new people, strangers reach out to you online, musicians write songs about your book, and translators can translate a chapter of your book into another language for free, just because they enjoy it.

I’ve been lucky, because all of the above have happened to me since I published The Transmigrant eighteen months ago. Miracles do happen, and there are tons of wonderful people out there in the whole wide world.

I wanted to share the translation of the first chapter of The Transmigrant in French, which the kind and generous translator Jean-Paul Deshayes sent me. I hope you enjoy!

Chapitre un, Capharnaüm, Galilée, an 1

Des flap, flap, flap irréguliers… Voletant désespérément, le papillon jaune cognait ses ailes liserées de noir au plafond de la synagogue sans remarquer la fenêtre ouverte à peine un mètre plus loin. En bas, sur un tapis, Yeshua, cinq ans, pesait nonchalamment sur l’épaule de son père après s’être glissé entre les autres hommes, les Yéhudim du village. Errant jusqu’au coin des femmes séparées par un rideau, son regard se posa sur sa mère assise, les jambes croisées, entourée de ses frères et soeurs dont il était l’aîné. Ils étaient trop petits pour comprendre les paroles de Dieu. À l’inversede Yeshua. En vérité, Dieu et Yeshua étaient déjà les meilleurs amis du monde.

Les flammes tremblotantes des lampes à huile reposant sur un pupitre en bois dansaient dans la brise et l’odeur de l’encens baignait de magie ce lieu de réunion douillet. Yeshua essayait de suivre la cadence des adultes qui se balançaient d’arrière en avant en psalmodiant des louanges. Il brûlait d’envie d’être, un jour, pareil au rabbin penché par-dessus son pupitre comme s’il portait la conscience du monde entier sur ses épaules et faisant la lecture des rouleaux de la Torah, écrite en hébreu, la langue des prêtres. Lui aussi se tiendrait devant tous les voisins et, d’une voix ferme, leur enseignerait les vraies paroles de Dieu. Des paroles de sagesse. Glissant une main ridée dans les quelques mèches grises qui lui restaient, le rabbin ôta de sa tête le châle de prière effrangé et s’en drapa les épaules. Quand il se mit à parler, l’ambiance changea comme le ciel à la tombée du jour, passant d’un orange éclatant à des tons violet et rose, devenant chaleureuse et vibrante comme si un ange avait touché tous les coeurs.

« Hommes estimés – enfants du Seigneur ! » s’exclama le rabbin d’une voix qui aurait pu tirer de son sommeil éternel le plus froid de tous les cadavres. « Ne voyez-vous qu’Il vous aime bien plus que les autres villageois ? Et pourtant, vous ne pouvez pas – ne devez pas – ignorer ses commandements. Pour vous, il a créé le sabbat, le jour du repos, pas celui de la précipitation. Abandonnez vos soucis et délectez-vous en Dieu. Ah,  quelle magnifique journée pour célébrer Son nom, pour savourer le silence et la solitude. Pour bannir toute agitation et entendre Sa voix qui s’adresse à nous… »

Le coeur de Yeshua s’emplit d’un doux embrasement… s’emplit de paradis. Et, tel le gracieux papillon là-haut, il demeurait inconscient des chaînes invisibles qui l’enferraient.

Mais le sabbat ne tombait qu’une seule fois par semaine. Les autres jours, un Yeshua à moitié endormi sortait du lit avant le lever du soleil et suivait son père jusqu’à l’atelier à deux pas de la maison. Il y passait ses journées à limer des coins de tables et des portes à l’aide d’une râpe en métal jusqu’à ce que les ampoules lui brûlent les paumes. C’est ce que faisaient les garçons ; ils adoptaient le métier de leurs pères. Cela semblait injuste : limer du bois était bon pour les gamins ! Mais son père disait que seuls les grands pouvaient se servir des outils qu’ils avaient plaisir à manier comme la scie, le rabot et les burins. Par la fenêtre, Yeshua observait les mouettes à tête noire, libres d’aller où bon leur semblait. Et il se prenait à rêvasser.

Un jour, tandis qu’il aidait son père à déballer les billots de cèdre qu’ils utiliseraient pour fabriquer la table commandée par un percepteur des impôts, deux hommes d’une taille immense, vêtus de robes blanches, entrèrent en titubant. Ils durent baisser leurs têtes enturbannées pour franchir le seuil.

« De l’eau ! » réclama l’un d’eux d’une voix éraillée et en mauvais araméen, les yeux injectés de sang sous l’effet de la soif. « Je vous supplie s’il vous plaît. De l’eau. »

Le billot que Yeshua tenait dans ses bras tomba au sol avec fracas. Dieu disait de toujours aider les nécessiteux. Se faufilant entre les géants, Yeshua se précipita au dehors puis, contournant l’atelier, courut jusqu’à leur maison où sa mère faisait cuire du pain dans la cour. « Ama, Ama ! Deux hommes – des étrangers. Viens vite ! Et apporte de l’eau. »

« Qui est-ce ? » Elle fronça les sourcils, mais ne bougea pas.

« Viens ! Il leur faut de l’eau ! » Yeshua lui tira la main de tout son poids. « Dépêche-toi ! »

Sans se presser, Ama se nettoya les mains, remplit une carafe avec l’eau du bac et se voila le visage de son foulard. Ils passèrent dans l’atelier, Yeshua sur ses talons. Tandis qu’elle versait l’eau fraîche dans des tasses en céramique, il alla s’accroupir dans un coin. Il avait déjà aperçu de loin des

hommes comme eux, sortis tout droit de légendes, des hommes qui le fascinaient. Ils traversaient Capharnaüm avec leurs caravanes de centaines de chameaux qu’ils conduisaient de Damas à Alexandrie par la route des marchands.

Ama fit tomber quelques gouttes d’huile de lavande sur les paumes et la nuque des inconnus en leur disant de la faire pénétrer d’un mouvement circulaire jusqu’à ce que leur respiration ait retrouvé un rythme normal.

« Et maintenant, braves hommes, que puis-je faire d’autre pour vous ? » demanda Abba. D’un geste de la main, il fit signe à son épouse de s’en aller. Appuyé contre le mur, Yeshua cherchait à se rendre invisible.

Intimidé par ces individus aux doigts chargés de bagues et dont les dagues à large lame pendaient à la ceinture, il restait là, subjugué. Pourtant, il se dégageait de leur personne une bonté, une présence presque aimante. L’un d’eux, aux yeux pareils à un coucher de soleil ardent, surprit le regard rivé sur lui et se fendit d’un large sourire. Son teint basané accentuait l’éclat de ses dents blanches. Yeshua se détendit : c’étaient des hommes respectables après tout, d’honnêtes voyageurs. Ils déroulèrent un rouleau de lin épais,  révélant une carte en forme de cercle sur laquelle étaient griffonnés des étoiles, des lunes, des croix et des triangles. Celui qui avait souri désigna la carte du doigt et se mit à débiter de longues phrases en araméen, émaillées de mots étranges que Yeshua n’avait jamais entendus auparavant.

« Nous venons chercher… un rayon de lumière … Et, il y a trois cents ans, le prophète Zarathoustra… Dieu soit loué pour votre aide… La planète Jupiter et les étoiles dans le ciel montrent à nous le chemin… et il viendra… prochain prophète bientôt… » Il s’arrêta au milieu de sa phrase et pointa un doigt vers Yeshua. « Lui, ton fils ? »

Abba fit oui de la tête.

« Viens à ici, garçon. » L’homme tendit une main énorme, saisit Yeshua par le menton et plongea ses yeux dans les siens comme pour y chercher quelque chose. Yeshua défaillait de peur sous l’intensité de ce regard, mais il était incapable de détourner la tête. Tout près, son père respirait lourdement, nerveusement. Yeshua avala sa salive. Le temps semblait comme suspendu. Soudain, l’homme éclata de rire, un rire épais qui s’échappait en courtes saccades. Yeshua se dégagea et courut se réfugier derrière son père d’où il observa les étrangers qui frappaient dans leurs mains, leurs gloussements sonores se répercutant dans la pièce.

Quelle était donc la raison de leur hilarité ?

L’homme qui avait saisi le menton de Yeshua afficha un sourire radieux. Il marmonna quelques mots à l’oreille de son ami, puis se tourna vers Abba.

« Ton fils, un jour, grand homme. Prophète. Comment vous dites ? – messie ? Le monde attend depuis longtemps pour lui, son message. »

« Non, non… » Abba secoua la tête, la voix déchirée. « Non ! » répéta-t-il d’un ton encore plus déterminé. « Pardonnez mon insolence, mais c’est absurde. Mon fils est menuisier. Assez de sottises ! Pourquoi sont-ils tous à souhaiter la venue d’un messie pour résoudre leurs problèmes ? » Il massa l’espace entre ses sourcils. « Ce sont là les rêves imbéciles de victimes,  d’hommes au désespoir. »

Les étrangers roulèrent leur parchemin et lissèrent leurs robes.

L’entretien était terminé. L’homme qui avait parlé plongea la main dans son sac et en retira un foulard jaune noué en baluchon : il le déposa dans la paume d’Abba et lui referma la main dessus. Sur ces entrefaites, les deux hommes s’évanouirent dans le crépuscule aussi soudainement qu’ils étaient arrivés.

Ne pouvant se retenir plus longtemps, Yeshua demanda : « Abba, Abba, qu’est-ce qu’ils ont dit ? Qu’est-ce qu’ils t’ont donné ? »

Secouant toujours la tête, son père lui tapota les cheveux. Il dénoua le foulard jaune et découvrit un anneau d’or rutilant orné d’une grosse turquoise, un morceau d’encens odorant et un pot de myrrhe. Yeshua tendit le bras pour saisir l’anneau, mais son père lui donna une tape sur la main.

« Pas touche ! »

Les larmes brûlèrent les yeux de Yeshua. Pourquoi son père était-il fâché ?

Rentré à la maison, Abba lança le baluchon à sa femme.

« Regarde, Maryam. Vois donc ce qu’ils nous ont offert. Des présents dignes d’un noble, d’un roi ! » Il se couvrit les yeux des deux mains. « Ils ont parlé d’une prophétie. D’après leurs cartes, un enfant extraordinaire est né par ici, mais je n’ai pas compris où. En Galilée ? Peut-être en Judée ? Dans l’empire romain ? »

« Et alors ? »

Yeshua entoura de ses bras son frère cadet Yakov pour le réconforter et pour qu’il n’entende pas cette discussion sérieuse.

« Ils veulent le trouver, c’est leur but. Ils dessinent des cartes des étoiles et des planètes, les déchiffrent, puis parcourent la terre à la recherche de cet enfant. »

« C’est pour ça qu’ils t’ont donné ces cadeaux ? Pour que tu les aides dans leur quête ? » Ama, son bébé Iosa tétant son sein, s’accroupit auprès de son époux.

« Non. Ils pensent que c’est… le grand. »

Ama lança un regard à Yeshua qui serra son frère un peu plus fort contre lui. Qu’est-ce que cela voulait dire « le grand » ?

« Qui sont-ils ? » demanda-t-elle.

« Des voyants zoroastriens. Des adeptes de Zarathoustra, de Perse. »

Yoseh pressa ses poings l’un contre l’autre. « Ils veulent lui enseigner leur foi. Ils reviendront quand il aura grandi. »

« Oh ! » Ama retira son téton de la bouche de Iosa et coucha le nourrisson dans son berceau malgré ses protestations. « Tu leur as dit que nous sommes des Yéhudim ? »

« Oublie ça, Maryam. N’y pensons plus ! » Il remit les présents dans le foulard et, l’ayant noué, il le cacha dans un trou sous le poêle.

Se tortillant, Yakov finit par échapper à l’étreinte de son frère et courut se blottir sur les genoux de son père. Quant à Yeshua, il restait cloué sur place. Pourquoi les hommes avaient-ils ri ? Et pourquoi avaient-ils apporté des présents pour un roi ? Et qui était ce « grand » dont ils avaient parlé ?

Cela pourrait-il être lui… Yeshua ? Était-ce possible ?

Translated by Jean-Paul Deshayes

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